Resumo

Este artigo apresenta uma abordagem da dêixis inspirada na lingü.stica da enunciação, iniciada na França por Emile Benveniste, e na lingü.stica interacional, advinda da análise da conversação etnometodológica iniciada por Harvey Sacks. Essa duas abordagens se revelam complementares para o tratamento dos fenômenos dêiticos pelos quais os participantes elaboram o contexto de sua enunciação e organizam seu discurso em torno de posicionamentos enunciativos específicos. Os dados analisados são extratos de entrevistas sociológicas em meio urbano; a análise pretende também propor um olhar interacional sobre o modo como os dados são contextualmente "fabricados" em ciências sociais, ao mesmo tempo em que insiste na dimensão indexical dos dados interacionais.

Introduction: objectifs et horizons théoriques

Cette contribution porte sur la deixis telle qu’elle est observable dans des données orales et interactives enregistrées et transcrites: elle se focalise moins sur la dimension systématique de la deixis dans la langue que sur des usages effectifs, documentés, de séries de déictiques dans un même environnement discursif et sur les effets exercés par leur distribution et leur positionnement séquentiel au fil du déroulement de l’interaction. Cette dimension interactionnelle des déictiques a été relativement peu étudiée jusqu’ici, alors même que la définition de leur nature indexicale a toujours fait intervenir leurs contextes d’usage et donc les contextes discursifs où ils apparaissent. En effet, face à une abondante littérature sur le système des déictiques dans différentes langues, ainsi que dans leurs variations diachroniques et diastratiques, les travaux portant sur des phénomènes déictiques interactifs se sont surtout centrés sur des types de discours particuliers, comme par exemple les demandes d’itinéraires1 ou les descriptions de logements2 pour la deixis spatiale, ou encore le discours politique pour la deixis personnelle3 . Dans ce qui suit, nous analyserons des occurrences de déictiques dans des entretiens sociologiques, en nous inspirant de deux courants qui ont centré leur attention sur la référence dans le discours et l’interaction et qui partagent un intérêt central pour l’indexicalité, à savoir l’analyse conversationnelle et la linguistique de l’énonciation.

De façon plus générale, la deixis est un des domaines de la linguistique qui a attiré de façon exemplaire l’attention sur la dimension contextuelle du langage, en reconnaissant que l’interprétation des formes déictiques était constitutivement liée à leur repérage dans la situation d’énonciation et d’interlocution. Cette thèse de l’indexicalité du langage a donné lieu à des variantes plus faibles ou plus radicales (Mondada, 1998a)[1]: pour les premières, l’indexicalité est limitée à certaines formes particulières, notamment les déictiques, à l’exclusion des autres; pour les secondes, au contraire, l’indexicalité est généralisée, ne concernant pas uniquement une classe particulière d’expressions mais investissant de façon irrémédiable et nécessaire toute pratique langagière et plus généralement sociale (Garfinkel & Sacks, 1970)[2]. Alors que pour ceux qui tendent à en limiter l’exercice l’indexicalité est souvent vue comme une tare, un défaut du système linguistique auquel les langages formels artificiels peuvent rémédier en substituant les formes indexicales par des formes non-indexicales, pour les défenseurs de la thèse de l’indexicalité généralisée cette tentative de substitution est vaine, car l’indexicalité est inhérente et indispensable au fonctionnement économique et efficace du langage, dans la mesure où celui-ci produit toujours des énoncés sous-déterminés que leur contextualisation ancre de façon adéquate dans la particularité et la singularité des situations d’emploi.

La prise au sérieux de la dimension irréductiblement indexicale des pratiques langagières a des conséquences à la fois sur les pratiques de la recherche linguistique (et plus généralement en sciences humaines), sur la définition de ce qui constitue les données de l’analyse linguistique ainsi que sur leur traitement et leur interprétation. Ces différents aspects sont étroitement liées: d’une part la recherche linguistique - par exemple la recherche sur le terrain - est une pratique localement située qui a notamment comme effet la “fabrication” (Knorr-Cetina, 1981; Latour & Bastide, 1983)[3,4] de données que le linguiste va identifier avec son objet (Mondada, 1998b)[5]; d’autre part l’interprétation de ces données est indissociable des conditions de leur production et pose la question de comment celles-ci peuvent être incorporées dans la description qui est en fournie.

Nous allons développer ces deux aspects sur la base de données empiriques tirées d’un corpus d’entretiens sociologiques, en nous focalisant sur la façon dont les déictiques “ici” et “je” se déploient dans l’interaction. C’est à dessein que nous nous penchons sur ces deux dimensions qui constituent l’origo des repérages déictiques (Bühler, 1965)[6]: leurs usages discursifs montrent que, au-delà de son immédiateté et évidence apparentes, l’origo est le fruit d’une construction discursive, cognitive et sociale des participants, émergeant de la coordination de leurs postures et de leurs activités et faisant donc l’objet d’un “travail” interactif. Nous explorerons quelques effets de cette élaboration collective, en insistant sur la façon dont elle est liée au caractère situé de l’enquête sur le terrain (3), à la production située de l’identité des interlocuteurs et à leurs positionnements dans un espace social plus large (4), qui a des effets sur l’identification d’espaces de validation des énoncés produits dans l’entretien (5).

Ces analyses sont effectuées en recourant à deux paradigmes contemporains de recherche, la linguistique de l’énonciation et l’analyse conversationnelle, que nous allons d’abord expliciter (2).

1. Deux cadres de référence

Travailler sur la deixis dans l’interaction implique pour nous une double posture: cela ne signifie pas uniquement travailler sur des données interactionnelles authentiques mais aussi les traiter dans une perspective interactionnelle (Mondada, 2000a)[7]: l’intérêt pour l’interaction ne tient pas uniquement à l’objet d’étude, mais aussi à la “mentalité analytique” qui préside à son approche. Cette mentalité analytique nous vient essentiellement de l’analyse conversationelle, un courant qui, outre à proposer une approche détaillée de l’oral interactif, s’est de plus en plus penché ces dernières années sur des questions d’exploitation des ressources grammaticales dans l’interaction ainsi que de fonctionnement des formes référentielles dans la dynamique des échanges conversationnels. La référence à cette approche sera ici complétée par la référence à un courant linguistique qui s’est développé en France sur les traces d’Emile Benveniste, qui s’est particulièrement intéressé aux traces des processus énonciatifs – parmi lesquelles les déictiques jouent un rôle important – et qui s’est plus récemment penché sur leur fonctionnement dans l’interaction.

1.1. La linguistique de l’énonciation et le dépassement d’une approche centrée sur le sujet

La linguistique de l’énonciation est née en France avec les écrits de Benveniste (1966, 1974)[8] sur la “subjectivité du langage”, qui attribue à la deixis personnelle un rôle fondamental. Son intérêt pour les traces de la subjectivité introduit une attention pour le sujet énonciateur et non seulement pour le système linguistique, c’est-à-dire pour une actualisation spécifique et singulière des possibilités de la langue, qui ne constitue pas pour lui un simple passage du potentiel au réalisé, mais comporte une “appropriation” de la langue et de ses ressources par le sujet. En retour, le sujet n’est tel, ne devient tel, que parce qu’il est en quelque sorte instauré par les marqueurs de la subjectivité, et tout d’abord par le pronom personnel “je” : “C’est dans et par le langage que l’homme se constitue comme sujet; parce que le langage seul fonde en réalité, dans sa réalité qui est celle de l’être, le concept d’’ego’. [...] cette ‘subjectivité’, qu’on la pose en phénoménologie ou en psychologie, comme on voudra, n’est que l’émergence dans l’être d’une propriété fondamentale du langage. Est ‘ego’ qui dit ‘ego’. Nous trouvons là le fondement de la ‘subjectivité’, qui se détermine par le statut linguistique de la ‘personne’” (Benveniste, 1966, 259-260)4.[8]

Cette focalisation sur le “je” permet à Benveniste d’envisager une approche linguistique phénoménologique qui intègre des effets de mise en perspective et d’engagement du locuteur par rapport à ce qu’il dit. C’est ainsi qu’il élabore l’opposition entre “énonciation historique” et “énonciation de discours” (1966, ch. 19)[8]: la première est “la présentation de faits survenus à un certain moment du temps, sans aucune intervention du locuteur dans le récit” (1966, 239)[8] et est marquée par l’aoriste et la troisième personne, ou non-personne, et par une disjonction du contexte de l’énonciation (“personne ne parle ici; les événements semblent se raconter eux-mêmes” 1966, 214)[8]; la seconde fait intervenir un locuteur et un auditeur, est caractérisée par les premières et deuxièmes personnes et par un lien fort au contexte de l’énonciation. Cette distinction entre ancrage conjoint vs disjoint par rapport au contexte de l’énonciation continuera à être élaborée par de nombreux chercheurs5.

Cette “redécouverte” du sujet6 a ouvert de nombreuses pistes de recherche; en même temps elle a été critiquée, dans un mouvement parallèle aux débats qui ont marqué la théorie sociale et la philosophie, dans la mesure où elle tend à présupposer une théorie forte du sujet comme entité autonome, consciente, intentionnelle – sans prendre en compte le double fait que d’une part l’“ego” est multiple, voire clivé, et que d’autre part il se constitue dans le regard de l’autre en étant parcouru par le discours des autres7. L’énonciation n’est donc pas le seul fait de l’énonciateur, mais n’a de sens que dans la relation à l’interlocuteur, qui deviendra à son tour “ego” : dans ce sens, il y a toujours co-énonciation (Jacques, 1985)[9]. Ainsi l’égocentricité de la référence déictique – organisée en référence à l’origo constituée du triple repère du “je” de l’“ici” et du “maintenant” – est mise en question par des approches alternatives (cf. Clark & Wilkes-Gibbs, 1986)[10] qui considèrent la référence ainsi que l’établissement d’un common ground comme un accomplissement commun et collaboratif des interactants – et non pas comme un acte individuel où le sujet est seul maître de son acte de référence. Ces critiques suggèrent l’intégration nécessaire de l’énonciation dans l’interaction; elle permet ainsi d’envisager l’interaction comme un lieu fondamental pour l’observation du déploiement des traces de l’énonciation8. D’un point de vue interactionnel, cela invite à considérer les processus interactifs par lesquels est construite l’identité (“die interaktive Verfahren der Identitätskonstitution” Drescher & Gülich, 1996)[11] 9 et à considérer que le sujet n’est pas seulement celui qui dit “je” mais un acteur social en mesure de prendre la parole ou de se la faire donner, de la maintenir et de faire reconnaître les droits et obligations liés à sa détention. Ce sont là des thèmes développés par l’analyse conversationnelle, sensible elle aussi à un regard phénoménologique sur l’interaction, qu’elle considère du point de vue des membres et des méthodes qu’ils mettent en oeuvre pour l’organiser.

1.2. Analyse conversationnelle et accomplissement interactionnel de la référence

L’analyse conversationnelle naît des travaux de Harvey Sacks (1992)[12] – qui fut le premier à utiliser de façon systématique la possibilité d’enregistrer une conversation, pour la réécouter autant de fois que nécessaire, en saisir par ce moyen les détails de son organisation échappant normalement à l’attention, et partager l’accès aux données avec ses collaborateurs ou ses lecteurs. Cette démarche produisit des observations extrêmement riches, bientôt systématisées grâce à la collaboration entre Harvey Sacks, Emmanuel A. Schegloff et Gail Jefferson (Sacks, Schegloff, Jefferson 1974)[13]. Bien qu’au départ ce courant soit issu de l’ethnométhodologie, approche qui se situe polémiquement dans le domaine de la sociologie, il s’intéresse de plus en plus à des questions soulevées par les linguistes.

Cet intérêt s’exerce à travers un point de vue spécifique, qui considère que l’organisation du langage doit être au moins compatible avec l’organisation de l’interaction, celle-ci constituant le lieu où se développe la socialisation de l’enfant ou de l’étranger et où se construisent les relations de sociabilité au fondement de l’ordre social (cf. Schegloff 1996a)[14].

Cette approche praxéologique du langage se focalise avant tout sur les activités langagières, sur les occasions situées qui les suscitent, sur les procédés (les “méthodes”) mis en oeuvre par les interactants pour les mener à bien. Elle ne se focalise donc pas d’emblée sur des marqueurs linguistiques particuliers, mais sur des problèmes surgis auprès des interactants ou des procédés pour effectuer telle ou telle action (p.ex. comment introduire un topic, comment maintenir la référence à un objet, comment identifier une personne ou un lieu, comment expliciter la référence lorqu’elle se révêle ambiguë...). Ces procédés traitent les formes linguistiques comme des ressources pour l’action, qui prennent leur valeur et leur sens de façon indexicale dans la conversation et dans les occasions auxquelles elles sont utilisées, “for all practical purposes” (Mondada, 1995a)[15]. La manière dont une ressource est exploitée contextuellement dans la conversation permet de décrire le “travail interactionnel” qu’elle effectue, i.e. le rôle qu’elle joue dans l’établissement et dans la gestion des dynamiques interactionnelles entre les participants et dans l’organisation de la séquentialité de leurs apports conversationnels10.

Rapportée au domaine de la deixis personnelle, cette démarche resitue les “pronoms” personnels dans le cadre du problème pratique qui se pose aux interlocuteurs et qui est de savoir comment identifier une personne. A ce propos, Sacks (1992, I, 349)[12] remarque que “je” et “tu” sont des formes fondamentales pour référer au locuteur et à l’auditeur, de sorte que le recours à des SN, lorsqu’il s’impose, les traite en fait comme des substituts de “je” et “tu” - et non le contraire comme le terme de “pronom” tendrait à le faire croire. Le rôle fondamental que jouent les formes “je” et “tu” tient à une “preference for recognitionals”11 dans la conversation, selon laquelle si une forme présupposant la connaissance partagée de la personne peut être utilisée (le prénom par exemple), elle doit l’être en premier lieu (par opposition, par exemple, à “quelqu’un”)12. Ceci dit, les formes référentielles observables sont très diverses: Schegloff (1996b)[16] montre que si “je” et “tu” sont les formes de base, leurs référents peuvent être pris en charge par de nombreuses autres formes (“tu” pouvant renvoyer à “n’importe qui” ou à “je” ; “je” ou “tu” pouvant se nommer ou être nommés par leur nom et référés à la troisième personne, etc.), selon des critères qui relèvent de l’organisation de l’interaction et de la configuration d’un espace de participation adéquat à l’activité en cours - et non seulement de l’expression correcte de la référence. Dans ce sens, les expressions référentielles ne font pas que référer à des objets du monde, mais interviennent de façon centrale dans la structuration du déroulement temporel et séquentiel de l’interaction et dans la définition des relations socio-interactionnelles qui s’y construisent, dessinant ainsi des relations d’inclusion et d’exclusion, d’alignement, d’accord et de désaccord13.

Cette façon de traiter les problèmes de référence va de pair avec une conception spécifique du contexte. Celui-ci, comme en général les activités et les ressources de la parole-en-interaction, est défini dans la perspective des participants et plus précisément à travers la façon dont leurs “méthodes” leur permettent de soutenir et de donner corps dans l’action à leurs perspectives. Ceci signifie qu’au lieu de traiter le contexte en en fournissant une description exogène, reposant sur des modèles élaborés sur la base de cadres théoriques et empiriques externes au cas traité, il s’agit de se demander quelle en est la description pertinente du point de vue des participants et des activités observés. Cette pertinence est observable en ce que les participants s’y orientent en y ajustant leur conduite – et en contribuant ainsi réflexivement à instaurer comme tel ce contexte-là. En effet le fait que les participants rendent tel ou tel élément du contexte pertinent a des effets sur la façon dont ils organisent leur action14.

Cette approche du contexte est centrale pour le traitement de la deixis: en effet les déictiques sont traditionnellement définis comme des formes linguistiques qui ne sont interprétables qu’en les rapportant à leur contexte d’énonciation. Or, dans la perspective adoptée ici, le contexte est considéré comme n’étant ni préexistant à l’interaction, ni établi une fois pour toutes, mais au contraire comme réflexivement élaboré par les participants dans leurs activités et se transformant donc avec elles. Dès lors, on peut dire que le contexte n’est pas un préalable indispensable pour décrire la deixis, mais que celle-ci contribue à le définir – le contexte étant construit en même temps que l’intelligibilité des repères déictiques15.

Nous allons donc procéder à une analyse qui s’interrogera sur la façon dont les participants élaborent localement le contexte de leurs énoncés, à travers des choix de ressources compatibles avec la façon dont ils organisent leurs activités langagières. Nous commencerons par souligner le caractère contextuellement situé des données qui sont recueillies durant l’enquête (3), pour ensuite nous pencher sur le caractère situé des inteprétations que les participants eux-mêmes construisent des formes déictiques (4 et 5).

2. Le caractère irréductiblement indexical des pratiques et des objets de l’enquête

La recherche sur le terrain constitue un ensemble de pratiques professionnelles mises en oeuvre par les chercheurs pour construire leur objet empirique. Ces pratiques sont localement situées et sont fondées sur l’interaction avec des acteurs sociaux qui peuvent être catégorisés comme des collaborateurs, des informateurs ou des natifs, qui contribuent à fournir ce que l‘on catégorisera, selon les présupposés embrassés, comme des informations, des données, ou des matériaux pour l’enquête. Les objets du chercheur – soit-il linguiste ou sociologue ou anthropologue – sont ainsi construits au fil de ces interactions sur le terrain et sont donc ancrés dans un tissu dense de relations établies sur place.

En même temps, le chercheur est mu par une autre préoccupation, consistant à “extraire” les matériaux de son terrain pour les déplacer vers un autre espace, celui de l‘académie, où ils seront analysés, décrits, modélisés. Ce déplacement structure le travail du chercheur lorsqu‘il prépare son entrée sur le terrain – par exemple dans la mise sur pied d’outils de travail et de techniques d’enquête obéissant aux impératifs de la problématique et des théories adoptées – ainsi que dans l’organisation de son départ – i.e. dans la mise sur pied de dispositifs permettant d’“emmener avec soi” des fragments de terrain16. Les questionnaires sont un bon exemple de dispositif technique permettant de planifier les activités sur le terrain et de préparer leur extraction et leur traitement dans l‘espace du laboratoire.

On peut donc dire que le travail sur le terrain est organisé par deux principes divergents et pourtant complémentaires: un premier principe d’ancrage contextuel local, rendant compte de l’enquête comme co-construction située d’objets, de versions des faits, de données discursives, et un deuxième principe de décontextualisation, rendant compte de l’enquête comme d’un dispositif facilitant le passage de l’espace du terrain à l’espace de l’académie. Ces deux principes impliquent deux modes de traitement distincts de l’indexicalité du terrain. L‘entretien, concevable lui aussi comme un dispositif de “fabrication” des données, obéit à ces deux principes: d‘une part il est un événement communicationnel, une rencontre sociale où deux acteurs interagissent, se reconnaissent, négocient une tâche commune et s‘ajustent l‘un à l‘autre; d‘autre part il comporte des questions sur des thèmes prévus à l‘avance et obéissant au programme de recherche de l‘enquêteur, qui lui permettent de contraindre le déroulement de l‘interaction, voire le mode de présentation des données le plus favorable à leur traitement ultérieur.

Dans ce qui suit, nous allons nous intéresser aux manifestations pratiques du premier principe, notamment à travers la façon dont les références déictiques s’établissent, se révèlent problématiques, sont négociées dans des entretiens conçus comme des interactions entre l’enquêteur et l’enquêté où ceux-ci construisent ensemble un contexte pertinent pour l’activité discursive qu’ils sont en train de développer17. Les déictiques sont en effet une des manifestations de la dimension indexicale de l’interaction avec les informateurs, nécessairement présente mais pouvant susciter des problèmes spécifiques à ce type d‘activité.

Les deux premiers extraits que nous allons analyser présentent un enjeux similaire: il s’agit de la description de lieux qui ont la double caractéristique d’être à la fois l’objet de l’enquête (laquelle porte sur le rapport des habitants à leur quartier) et l’“ici” de l’interaction (qui se déroule au domicile des informateurs). Les enregistrements nous permettent d’observer la façon dont ces références et ces repères s’établissent dans l’interaction: l’objet de l’enquête, tout comme le repérage déictique du lieu de l’énonciation, ne préexistent pas à l’entretien mais sont co-construits au fil de son accomplissement interactionnel, dans le traitement collectif des topics discursifs proposés par l’enquêteur et discutés, modifiés, voire contestés par l’enquêté.

Voici un premier fragment d’entretien18:

Figure 1.

Cet extrait se situe en ouverture de l’échange, c’est-à-dire en un lieu structurellement et séquentiellement fondamental pour la définition de la relation entre les interlocuteurs (Schegloff, 1986)[17], de la tâche conversationnelle commune (Dausendschön-Gay & Krafft, 1991)[18], des topics à débattre (Mondada, 1995b)[19]. L’ouverture de toute interaction, en effet, est le lieu où se définit le “premier topic”, qui est à la fois celui qui sera mentionné d’abord et celui qui se présentera comme le topic principal de l’échange. Dans l’entretien non dirigé, comme c’est le cas ici, le premier topic acquiert ainsi une importance particulière en se présentant comme le topic général de l’entretien tout entier: sa compréhension et sa ratification par l’informateur sont donc capitales pour un déroulement satisfaisant de l’interaction.

L’enquêtrice E choisit pour introduire le “premier topic” une formulation qui comporte deux déictiques, un personnel et un locatif (“votre vie ici\” 6): E focalise et exploite donc l’ancrage indexical de l’entretien, pour obliger M à traiter l’origo comme un objet de discours et non simplement comme un point de repère. Or, cette formulation du topic soulève des problèmes, comme le montre le fait qu’elle n’est pas simplement ratifiée puis développée par l’énonciataire M, mais qu’elle déclenche une longue séquence de reformulations avant d’aboutir à la double ratification finale (18-20 et 21-22).

Cette expansion rend observable l’émergence et le traitement de la complexité de l’objet de discours dessiné par l’enquêteur dans le processus de négociation de la production et de la réception de cet objet. Ce processus, au lieu de fixer l’objet, le déstabilise. Chaque expansion de la formulation initiale donne en effet lieu à une réélaboration commune : M reprend de E “ma vie ici\” (7) ; mais son ajout, “dans le quartier/”, déstabilise en fait la ratification, déclenchant une nouvelle formulation de E (“la vie du quartier/” 9-10), reprise avec une expansion temporelle (“la la vie du quartier/ . euh quand vous êtes arrivé” 9-10) et accompagnée d’interruptions, d’hésitations, d’auto-corrections, oscillant entre les deux pôles de “par rapport à votre vie” et de “par rapport au quartier”.

Au cours de cette reformulation, apparaît une difficulté qui est à la fois syntaxique et thématique : comment articuler sur le même plan, sans rapport hiérarchique, deux entités, le sujet et le lieu, qui tendent à être subordonnées l’une par rapport à l’autre ? En effet, la localisation est souvent repère et non pas objet de discours, en se limitant à avoir valeur de circonstance, d’arrière-fond contextuel, par rapport auquel se détache le sujet comme une figure en avant-plan. Ici par contre elle a elle-même valeur de figure.

Cette difficulté n’est pas seulement manifestée par les problèmes de formulation de E, mais aussi par ce que M retient de cette formulation. En effet, M dans ses ratifications focalise l’une ou l’autre des entités : la demande de clarification en 17 déstabilise l’accord momentanément acquis en 13 et montre la fonction contrastive de la construction clivée (la mise en évidence du “quartier” implique l’exclusion du “moi” comme objet) telle qu’elle est construite dans l’interprétation de M manifestée dans sa reprise en 17. C’est finalement la coordination syntaxique des deux entités (18-20) qui s’imposera et stabilisera l’accord des deux parties.

Au fil de cette élaboration collective (Mondada, 1995b; 1999)[19,20], on a donc la recherche d’une forme qui puisse d’une part interpréter le déictique “ici” et d’autre part l’articuler au “je”. Tout se passe comme si les interactants se livraient à un travail de formulation tendant à réduire la portée indexicale de la forme initiale, en remplaçant le déictique par une description définie. A travers ce processus se manifestent les interprétations possibles de la forme déictique de la part des participants. L’adéquation de l’interprétation et de la reformulation finales ne dépend pas d’une idée ou d’une intention préalable, mais se construit in situ à travers le travail interactionnel commun.

La référence à l’origo et son interprétation – même lorsqu’elles semblent évidentes, par le fait que les interlocuteurs se trouvent dans le lieu de résidence de l’informateur qui aussi le lieu sur lequel porte l’entretien – ne sont donc jamais données d’emblée mais doivent être co-élaborées et ratifiées par les participants, en étant ainsi plutôt un produit de leur interaction qu’un préalable à sa compréhension.

Voici un deuxième extrait, tiré d’un autre entretien mené par un autre enquêteur:

Figure 2.

Dans cet extrait, G élabore la description de son quartier après que l’enquêteur lui ait demandé à plusieurs reprises si son quartier était “bien défini”. Ce qui nous intéresse ici est l’usage qui est fait de la catégorie “centre-ville” et son repérage par rapport à l’“ici” de l’énonciation, qui subissent au fil de ces quelques tours de parole trois variations importantes. On peut en effet constater qu’après avoir identifié le quartier (“c’est le centre-ville” 7), cette catégorie est utilisée dans un repérage qui nie cette identification: dans “pour aller au centre-ville” (15) l’emploi du verbe déictique exclut en effet que le quartier soit la cible du mouvement. Dans un troisième temps, la catégorie de “centre-ville” sera utilisée dans un énoncé métalinguistique généralisant (“ça veut rien dire avec la définition du centre-ville“ 24-25).

Ces variations sont loin d’être aléatoires ou contradictoires, mais exhibent chacune une orientation vers une dimension pertinente différente. En effet, chaque occurrence est énoncée au sein d’une relation interlocutive spécifique: les deux premières concernent l’informateur (G) et l’enquêteur (E), qui prennent successivement un rôle initiatif ; la troisième concerne G et sa femme (MG), à l’exclusion de l’enquêteur. En outre, si l’on observe les auto-formulations et les hétéro-reformulations de la catégorie ”centre-ville“, on remarque qu’elle est d’abord proposée par l’enquêteur et réintroduite seulement ensuite de façon autonome par l’informateur, qui, de cette façon, se l’approprie. Les variations observées relèvent donc d’une sensibilité contextuelle de la formulation du lieu, qui varie selon trois dimensions indexicales, définies par le locuteur qui introduit la catégorie descriptive, par le destinataire auquel s’adresse G et par la position séquentielle occupée par la mention de la catégorie. Ces trois orientations conversationnelles produisent chacune une interprétation différente de l’unité spatiale du quartier : alors que dans le premier cas on a une qualification positive du quartier qui est considéré per se, dans les deux autres cas le quartier est rapporté à une autre unité, centrale dans le deuxième, périphérique dans le troisième.

On peut tirer de ces premières analyses plusieurs constats:

  • l’objet du chercheur est co-construit par lui et son informateur dans une interaction où il est redéfini, négocié, transformé en relation avec les contingences locales de cette interaction.
  • la tentative de formuler l’“ici” de manière non-déictique ou de préciser ses contours de façon explicite déclenche un travail de formulation long et complexe, qui montre sa non-évidence.
  • cette problématisation ne concerne pas uniquement l’“ici”, mais plus généralement l’organisation des activités de référenciation, ainsi que la définition des rapports sociaux qui s’instaurent entre l’enquêteur et l’informateur.
  • Ceci nous amène à souligner d’une part le caractère localement produit des données du chercheur, rendant problématique leur extraction de leur contexte de production, et d’autre part le caractère localement émergent des références spatiales et personnelles qui sont construites dans l’hic et nunc de l’interaction. C’est ce deuxième aspect qui fera l’objet de la section suivante.

    3. “Je” comme objet de discours: la construction interactive de l’identité

    Si pour Benveniste est “je” qui dit “je”, en s’appropriant ainsi la place de sujet, nous verrons que d’une part cette appropriation repose sur un travail interactionnel important de prise de la parole et que d’autre part elle va de pair avec un faisceau de caractérisations ultérieures qui décrivent et catégorisent le “je” et qui le situent dans sa relation à d’autres. Les manifestations de l’identité personnelle sont donc un lieu intéressant où observer les dimensions qui accompagnent l’apparition du déictique “je” et en font non seulement un repère mais une entité incarnée. Cette analyse converge avec des approches contemporaines de l’identité du “je” comme ne préexistant pas à son expression dans l’interaction et comme constituée – dans sa dynamicité, sa plasticité et sa multiplicité – à travers des pratiques sociales ordinaires19.

    Le premier aspect de l’émergence de l’identité que nous analyserons est lié aux circonstances mêmes de l’enquête: l’extrait suivant a été enregistré durant un parcours dans le quartier de l’informateur (contrairement aux autres entretiens, qui ont eu lieu au domicile des informateurs interrogés). Ce parcours est organisé par l’habitant du quartier, qui conduit l’enquêteur sur des lieux privilégiés, décide des enchaînements entre un lieu et un autre, ponctue la visite de remarques, de commentaires, de descriptions. L’extrait suivant a été enregistré dans un lieu qui représente un seuil pour l’enquêté, où il s’arrête et qui constitue une limite au-delà de laquelle il ne veut pas emmener son interlocuteur (ils rebrousseront chemin):

    Figure 3.

    Cet extrait rend compte d’un moment privilégié dans l’émergence interactionnelle de l’identité du “je” à travers son action avec son interlocuteur durant l‘enquête. La visite dessine un espace qui coïncide avec l’espace identitaire de T – dans le double sens de l’espace avec lequel il s’identifie et de l’espace qui l’identifie (cf. l. 17) – dont les contours (“ce coin là/ cette boucle là\” 3-4) apparaissent localement dans le parcours (“cette visite” 1). La référence à cet espace est exprimée par le déictique “là” (“là” 3-4, ”ça s’arrête là” 10, ”c’est bien là” 10): tout se passe comme si le fait de se trouver aux limites de cet espace identitaire le rendait visible, permettait de l’indiquer, de l’objectiver, de le constituer en évidence partagée20 (par ”là”, qui présuppose que l’”ici” de l’énonciation ne s’y confond pas).

    Une opposition apparaît ainsi dans le fil de l’interaction, entre ”là” (reformulé en ”ça”) qui est le lieu de l’habitation (”c’est ça que j’habite\ 6) et ” le reste” (”le reste j’y circule” 8) qui est le lieu de la circulation. Par rapport à ce ”reste” – altérité désignée par une troisième personne non-déictique, espace associé à la ”sortie” (12, 13) – le lieu d’habitation peut être pris en charge par une neutralisation des déictiques ”là” et ”ici” (”ici là je: là je suis chez moi ici\ là/” 15). L’opposition entre ”habiter” et ”circuler” est relevée en écho par l’enquêtrice (11) qui en la répétant la renforce, la rend disponible pour des développements ultérieurs, comme un pattern conceptuel reconnaissable producteur d’intelligibilité. Les deux verbes sont d’ailleurs construits de deux façons différentes: alors que les deux pourraient se construire avec une préposition spatiale (”habiter/circuler dans le quartier”), ils sont différenciés par T qui construit ”habiter” transitivement (”c’est ça que j’habite\” 6; ”ce que j’habite” 9) alors qu’il construit ”circuler” prépositionnellement (”j’y circule” 8, 12).

    Le devenir de la référence spatiale dans le déroulement de l’interaction est lui-même intéressant: alors que les lieux d’habitation et de circulation sont indiqués dans un premier temps par leur localisation spatiale (1-15), dans un second temps il y a chez T la tentative de qualifier ces lieux, d’abord par une évaluation (“c’est marrant/ c’est ..” 15-16) puis par une description. Celle-ci procède par des hésitations et des interruptions, qui évitent et retardent la dénomination des lieux par une série d’autoréparations (“je suis complètement identifié à la: justement au au pourtour” 16-18, “au pourtour disons au pâté de maisons” 18, “au pâté de maisons où euh/ . -fin aux pâtés de maisons au pluriel/” 18-19). Cette dénomination est finalement énoncée (“où il se trouve donc les cafés homos/ et il se trouve: . les boîtes homos” 19-20) avant de reprendre le pointage déictique (“ce circuit là/” 22, “là-dedans” 23, “ça” 23). De façon paradoxale, dans ces dernières reprises, la nominalisation de “circuler” en vient à dénommer le lieu d’habitation de T, brouillant l’opposition initiale, mais reprenant la “boucle” (4), et reposant sur le fait que le quartier (au coeur du Marais dans le troisième arrondissement à Paris) est le lieu de circulation par excellence (le lieu où on sort) pour les homosexuels qui n’y résident pas.

    On peut dire ici que l’identité à la fois personnelle (homosexualité) et spatiale (inscription dans le centre homosexuel de Paris) de T émerge de l’interaction et de l’action (le parcours) en train de se faire. Elle se révèle à lui dans le surgissement des termes adéquats pour se dire, sollicités par la situation d’enquête et par le surgissement de repères spatiaux qui acquièrent dans l’hic et nunc une pertinence inédite, appuyée sur la double activité de parole et de déplacement et sur leur organisation contingente dans ce contexte particulier.

    Dans cet extrait, deux aspects se révènt importants dans l’émergence de l’identité dans l’action située: d’une part le rapport au contexte de l’énonciation, à la dimension située de l’interaction; d’autre part le déroulement temporel et séquentiel de la parole-en-interaction. Ce dernier aspect permet d’observer la façon dont l’identification et le positionnement des interlocuteurs est susceptible de se transformer progressivement, en se constituant dans cette transformation (et non pas en étant dit, nommé, identifié une fois pour toutes). C’est ce que nous observerons plus particulièrement dans les extraits suivants, qui montrent à l’oeuvre une élaboration discursive progressive de l’identité.

    Figure 4.

    Dans cet extrait, un informateur explicite ses rapports à l’association qui gère un certain nombre de logements dans le quartier où il a lui-même habité dans le passé. Cette explicitation le porte non seulement à dire sa position face aux autres, mais aussi plus fondamentalement à dire qui il est. En effet A commence par affirmer son rapport à l’association sur le mode de l’“être”, d’une propriété qui lui serait inhérente (“j’ai jamais été très euh: association” 1-2, reformulée en “ça m’a toujours fait chier”) et qui est accompagnée de quantification temporelles absolues (“jamais” 1, “toujours” 2).

    La description de son positionnement prend la forme d’un récit qui établit une distanciation progressive, accomplie dans le processus descriptif lui-même, dans le déploiement successif d’une série de descripteurs qui s’élaborent progressivement et qui parcourent la distance entre d’une part “avoir un peu de peine” (4-5) (qui est une forme de “ne pas pouvoir” ) et “ne pas avoir envie” (9-10), et d’autre part entre “me fon:dre dans dans le dans la manière de vivre des gens ici” 5-6 vs “me fondre avec ces gens-là” 9-10 vs “me fondre dans la masse” 14 – où la transformation du déictique spatial (“ici” -> “là”) puis la redénomination péjorative (“gens” -> “masse”) opèrent la différenciation. La distanciation s’auto-décrit ainsi littéralement dans son surgissement, dans le parcours établi par les différentes reformulations entre des variantes qui progressivement se substituent les unes aux autres et transforment un rapport de proximité en un rapport non seulement d’éloignement, mais aussi d’étrangéité.

    Ces élaborations progressives de l’identité dans le discours montrent l’intérêt de les traiter discursivement: on relève en effet de nombreux marqueurs qui se suivent, établissant entre eux un rapport à la fois de raturage et de cumul21 : d’une formulation à l’autre, la première n’est pas gommée mais laisse des traces du processus de recherche et de construction de la formulation elle-même22. Ceci est d’autant plus visible lorsqu’il s’agit de récit, comme dans l’extrait précédent et comme dans le suivant:

    Figure 5.

    La question de l’enquêteur sollicite explicitement une description du quartier, qui n’est désigné que par le terme très vague de “truc” (1), par un adjectif utilisé de façon nominalisée (“un: privé” 2), puis par un déictique (“ça” 4), comme si l’enquêteur s’évertuait à éviter de le nommer pour laisser plus de latitude à son interlocutrice. Cette demande, après avoir déclenché un très long silence (6) et des hésitations, reçoit une réponse qui s’ouvre elle aussi sur un évitement de la dénomination et même de la qualification (“c’est un lieu de de: de: ..” 7) et sur un changement de programme syntaxique, par lequel H abandonne la construction prévue initialement pour en utiliser une autre, introductive (“il y a les premiers/ qui sont venus ici/” 7-8), qui désigne le quartier par un déictique (“ici”). Elle introduit un véritable récit de fondation qui retrace la constitution de cet “ici”. En un premier temps (7sv), H le rapporte à la troisième personne, sans se mettre en scène comme une protagoniste des événements et en se présentant comme une narratrice non experte, en distinguant deux mouvements successifs (“les premiers qui sont venus ici” vs “plein de gens qui sont venus autour” 8-11), l’un orienté vers un point (repère) et l’autre vers ses marges (repéré). En un deuxième temps (13sv), H s’intègre à la première personne dans ce second mouvement, en utilisant la métaphore de la greffe qui relève elle aussi d’une figure de la secondarité. Mais c’est là que son récit subit un changement d’orientation : alors que la succession des mouvements exprime une intégration spatiale et sociale (venir –> se situer autour –> s’intégrer), le connecteur “enfin” modifie ce qui vient d’être dit : on passe ainsi de “être vraiment intégrée” (14-15) à “ne pas avoir envie complètement de s’intégrer” (17-18). Cette réorientation intervient précisément au moment où l’enquêteur produit une marque d’acquiescement (16) : tout se passe comme si H ajoutait à la fin du tour, reconnue comme telle par E, une expansion dans le but de modifier la réception de sa description. Cette réorientation est d’autant plus forte qu’elle est accompagnée par des modalisateurs (“vraiment” / “pas complètement”) sur lesquels s’appuie la différenciation. Le second est accompagné par une autre forme modalisée, “avoir envie”, qui tient lieu, dans son discours, d’expression de sa volonté (“avoir envie” est récurrent alors que “vouloir” n’apparaît jamais).

    Nous retrouvons là un rapport fort entre construction de l’identité de la personne et construction de l’intelligibilité du lieu, que nous avions relevé pour l’extrait 3, ainsi que des relations à la fois d’identification et de distanciation que nous avions déjà relevées dans l’extrait précédent (4). Il nous semble important de souligner la coexistence et la distribution séquentielle des formes qui les expriment, ainsi que les choix qu’elles exhibent des locuteurs. En particulier, l’énonciation successive de différentes désignations du lieu montre l’intérêt de considérer les déictiques en rapport aux autres dénominateurs possibles: ils montrent le “travail discursif ” spécifique effectué par les déictiques (qui, par exemple, peuvent être un moyen à la fois de préparer et d’éviter des syntagmes nominaux descriptifs), ainsi que la pertinence de leurs distributions séquentielles, leur apparition dans des positionnements spécifiques des tours de parole étant fondamentale. Ces mouvements permettent de préciser comment l’identité des locuteurs se construit dans et par le discours en interaction, en réagissant à un interlocuteur, en prenant position vis-à-vis de lui, ainsi que d’autres acteurs sociaux absents. Cette dimension de constitution d’un espace social différencié, parsemé de places, sera approfondi dans la section suivante.

    4. “Je” comme énonciateur: ancrer son propos

    En disant “je”, l’énonciateur ne se réfère pas uniquement à lui-même mais exhibe un certain mode de prise en charge énonciative: il s’engage par rapport à ce qu’il dit, s’y investit personnellement. Ces procédés confèrent au discours une valeur particulière, i.e. valident l’énoncé du locuteur par rapport à des repères énonciatifs particuliers. Elles sont le lieu de choix énonciatifs importants de la part des locuteurs, qui peuvent prendre en charge ou non leur discours. Ainsi les travaux de Ouellet (1983, 1984)[21,22] ont montré qu’à coté de la possibilité d’exhiber les traces de la subjectivité, notamment par les déictiques personnels, mais aussi par toutes les formes de la modalisation, il existait la possibilité de les gommer, par une “désénonciation” du discours, éliminant les modalisations et ne retenant que la troisième personne, comme c’est le cas dans le discours scientifique. Ces choix ont des effets sur d’autres choix grammaticaux, sur l’organisation du discours, sur la façon dont les objets de discours sont formulés et définis. En particulier, dans l’analyse de l’entretien, ces choix ont des effets sur l’inteprétation du domaine de validation des déclarations des acteurs, rendant possible une pondération de leurs engagements énonciatifs. Nous allons expliciter ces enjeux par des analyses empiriques.

    Figure 6.

    Cet extrait peut être globalement caractérisé23 en remarquant qu’il s’organise autour d’une question de E (1-4) qui soulève des difficultés pour D, dont la réponse est donc retardée par d’autres séquences insérées (5-13). Même si D fournit ensuite une réponse (14-49), la question est reposée par E (50-56) qui montre par là son caractère inadéquat. Une deuxième réponse est donc formulée par D (57 et suivantes). Nous nous intéresserons ici au passage de la première à la seconde réponse, aux marqueurs énonciatifs qui les caractérisent et aux effets que leur transformation a sur la formulation et le repérage des objets de discours.

    De la première à la seconde réponse, D passe d’affirmations énoncées dans une syntaxe discontinue, avec de nombreuses autointerruptions, où les thèmes restent souvent suspendus après avoir été introduits (“ah le quartier du Tunnel/ ben ma foi/ bon ben . le quartier du Tunnel\ .. ” 14-15) et où le mode énonciatif est marqué par le pluriel “disons” (21, 45, 46, 48) à une prise en charge de son discours par la première personne “je dis” (59, 62). D s’affirme alors comme un véritable sujet énonciateur, rôle qu’il souligne en le thématisant par une dislocation à droite dans un syntagme où “je” est sujet du verbe délimiter (“voilà comme je délimite moi” 85-6). Il devient ainsi un locuteur à part entière, non seulement parce qu’il marque son énonciation, mais aussi parce qu’il négocie les modes d’articulation des objets de discours au lieu d’accepter que l’enquêteur les lui impose (“moi je parle d’une façon différente” 57).

    En outre, ce passage par le verbe métalinguistique permet un changement d’objet de discours : l’informateur introduit la “ville de Lausanne” comme topic de ses énoncés et comme repère sur lequel repose sa structuration de l’espace. Par là même, il opère un changement d’échelle spatiale. Cette transformation affecte les objets mis en relation par l’action de délimiter : on passe des limites du quartier dans la ville (selon la formulation de l’enquêteur) aux limites de la ville par le quartier. La perspective est complètement différente : alors que l’enquêteur la voulait centrée sur le quartier de l’informateur et que l’informateur la centrait dans sa première réponse sur l’articulation interne du quartier (entre Tunnel et Riponne, avec le Café de la Colline jouant le rôle d’articulateur), dans sa seconde réponse celui-ci la décentre sur la ville dans sa globalité. En outre, alors que la reformulation de la question de l’enquêteur (50sv) abandonnait le verbe “délimiter” qui posait problème, ce verbe réapparaît par la suite : il est repris par l’informateur en 70 et en 85 non plus en mention (comme en 21, où il était suspendu sans être intégré syntaxiquement dans aucun énoncé), mais en usage, dans deux structures syntaxiques différentes (dans la première un objet en délimite un autre, dans la seconde un actant opère la délimitation). En outre, il est repris en mettant en évidence le “je” qui affirme son savoir-faire (“voilà comme je délimite moi la la la ville de Lausanne” 85-7). Le terme qui auparavant posait problème est donc ici utilisé avec aisance.

    L’engagement énonciatif a donc des effets sur les processus de référenciation: c’est en pouvant véritablement dire “je” que D peut décrire son quartier24.

    Nous allons analyser un dernier cas de prise en charge énonciative, où non seulement entre en ligne de compte l’engagement du locuteur, mais se dessine aussi un réseau de places proches et distantes, qui relie la sphère du “je” à celle d’“autres” énonciateurs possibles, présents ou absents.

    L’extrait est tiré d’un entretien avec un membre important de la municipalité d’une ville de Suisse romande:

    Figure 7.

    Cet extrait s’ouvre sur une question de l’enquêteur: I n’y répond pas immédiatement mais insère une paire adjacente question/ réponse qui reprend un élément de la question relatif à l’ancrage énonciatif (“quand vous dites pour moi ça veut dire mon avis personnel//” 5-6, cf. “pour vous” 1). Cette question de I est en fait articulée en deux parties, l’une qui précède le tour de E (7) et à laquelle celui-ci répond positivement, l’autre qui le suit (“ou celui de la municipalité” 8) - se présentant comme une alternative. Ce positionnement séquentiel de l’alternative ne permet pas à E de se prononcer sur la deuxième partie. La réponse qui commence ensuite lie toutefois les deux avis (8-10) en les présentant comme étant interchangeables, ce qui produit un sujet énonciatif “nous” (10). Celui-ci énonce une liste de trois lieux remarquables de la ville.

    Lorsque E reprend la parole (20sv), il ajoute des éléments à cette liste, en la traitant ainsi comme incomplète et comme pouvant être complétée par un autre énonciateur que I (comme ne dépendant donc pas d’un énonciateur spécifique). Cet ajout a pour effet de faire redire à I sa position énonciative, qui la réaffirme dans sa spécificité tout en la transformant radicalement: ce n’est plus “nous” qui est énonciateur, c’est “je” (“je vous dis moi je vois” 25, “que je me fais euh de ma propre ville\” 27-28). Cette reformulation explicite est suivie d’un élargissement de la liste initiale, qui intègre d’abord les éléments ajoutés par E (33, cf. 23), puis mentionne d’autres quartiers, par un marquage énonciatif qui introduit, à côté du “je” (“je pense” 36-37, 40) et pour s’y opposer, un “on” (“on ne pense pas souvent” 36; “on parle souvent” 38). La liste se termine avec, en dernière position, un quartier qui est caractérisé par I comme “mon quartier” (42), dont l’évocation introduit de nombreux éléments biographiques centrés sur le “je” (42-44), avant d’être close par la dénomination toponymique.

    De cette façon, I passe d’une position où elle s’associait avec une autre entité énonciative dans un “nous” inclusif25 énonçant un point de vue rassembleur (comme le montrent les modalisations “bien sûr” 15, “naturellement” 13, 15) à une position – énoncée après l’intervention de E – où elle affirme son propre point de vue (“je”) qu’elle oppose à celui des autres (“on”) comme un point de vue singulier à un point de vue partagé.

    Cette transformation affecte d’une part la modalisation et la validation des énoncés: comme le soulignent justement Fall, Simeoni & Chambon, “un sujet énonciateur assure à tout instant la validation de son énoncé, soit en prenant appui cognitivement sur l’extérieur: ‘il va de soi’, ‘il est clair’, ‘il est évident que....’, soit en s’engageant, en prenant en charge son énoncé à l’aide de parenthétiques, parfois non dits (cas de déclaratives simples): ‘[moi] je dis, je vois, je crois, je pense que...’. Ces prises en charge constituent des prises de position donnant leur valeur référentielle aux énoncés construits à l’intention du destinataire” (1994, 146)[23]. D’autre part, cette transformation constitue un réseau de places allouées et distribuées oppositionnellement, articulant deux pôles, l’un inclusif et l’autre exclusif, l’un relevant de la catégorie de la femme politique l’autre de la catégorie de l’habitante26.

    5. Conclusions

    Dans cette contribution, nous avons voulu intégrer l’approche des formes déictiques dans l’organisation séquentielle de l’interaction: ceci a comme conséquence la prise en compte de leur positionnement dans des séquences conversationnelles et la prise en compte d’autres marqueurs exploités avec elles par les procédés de formulation mis en oeuvre par les interlocuteurs. Cette centration sur les “méthodes” des participants permet de préciser non seulement la façon dont s’organisent les usages déictiques mais aussi dont émergent leurs valeurs interprétatives situées.

    Au-delà des déictiques proprements dits, ce sont donc les activités de référenciation des acteurs qui sont visées par l’analyse, lesquelles comportent la catégorisation du sujet énonciateur, la caractérisation de son engagement énonciatif, la définition d’un réseau de places allouées à d’autres énonciateurs absents ou présents, définissant des espaces d’inclusion et d’exclusion, de positionnements commun ou divergents.

    La prise en compte de ces différents phénomènes s’intègre dans une approche qui tient à prendre en considération l’indexicalité à tous les niveaux de la démarche linguistique, depuis la constitution, sur le terrain, des données enregistrées et des objets de recherche, jusqu’à leur analyse tenant compte de la perspective des locuteurs sur leur énonciation pour en dégager le sens et l’intelligibilité tels qu’ils ont émergé dans leur contexte de production.

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